Une lune ronde et rose, aux tons ambrés, plongeait lentement derrière les collines de sable ; la lumière, souple comme un voile de gaze, glissait sur le monde et se retirait ; l'heure était particulièrement tranquille. Dans le ciel, plus foncé d'instant en instant, des étoiles naissaient, astres anonymes, égarés au sein de l'éther violet, incertains encore et clignotants. Bientôt, plus hardies, parurent d'autres étoiles, marquant un point de l'ombre et, par ses feux glacés, chacune scintilla.
Le berger Samuel, allongé sur la pente de la dune, ramena son manteau sur ses yeux, puis, ne pouvant dormir, contempla timidement la nuit. Quelques étendues de sable retenaient encore leur teinte grise, comme un souvenir du crépuscule, mais tous les creux et les replis se comblaient de suie et les arbres proches avaient l'apparence de fantastiques découpures. Plus haut, l'air se peuplait de clartés nouvelles : la voûte immense diffusait de l'argent.
Samuel se retourna vers son compagnon accroupi près de lui, le menton aux genoux.
« J'ai comme une grande crainte, Jacob, et je ne sais pourquoi. »
Immobile, Jacob répondit d'une voix étouffée :
« Moi aussi… mais moi je sais : je me sens perdu.
— Perdu?
— Oui, perdu parmi les étoiles ; je n'ose plus les regarder ; elles m'égarent. »
Sans doute ces mots expliquaient-ils une détresse partagée, car Samuel sentit passer en lui un frisson ; c'est ainsi que l'on frissonne sous l'aile d'un souffle froid.
« Tu dis vrai : on a peur des étoiles. »