— Repose-toi jusqu'à l'aube, dit Samuel. Tu dormiras si tu veux dormir, ou bien, si la nuit te semble trop chaude, trop brillante, tu veilleras avec nous en discourant à voix basse.

— Oui, ce soir, les étoiles sont très vives, dit le voyageur.

— Nous parlions d'elles, » dit Jacob.


Quelque temps, ils ne soufflèrent mot. Le voyageur s'était assis auprès d'eux ; il contemplait le ciel. Jacob serrait toujours ses genoux et formait un bloc d'ombre mate surmonté d'une tête penchée. Samuel restait étendu sous son manteau brun.

« C'est trop de silence! dit Jacob, tout à coup.

— Et les étoiles muettes, dit Samuel, font plus de silence encore.

— Non, dit le voyageur, les étoiles ne sont pas muettes ; elles parlent entre elles, à nous elles parlent aussi, elles se réunissent pour nous parler plus clairement.

— Je ne savais pas, dit Jacob.

— Si, dans un concours de peuple, chaque homme parle, on n'entend qu'une sourde rumeur, le bruit du vent dans le feuillage, mais s'ils chantent ensemble, à quelques-uns, on arrive tout de suite à l'intelligence de ces chants. Les étoiles chantent à voix unies. De même, lorsque, dans la forêt, les rossignols échangent seulement des gazouillis, rien ne nous parvient qu'un murmure inutile, comme de villageoises bavardant près du puits, mais quand, au printemps, ils célèbrent leur plaisir et leur tourment, alors ce concert nous enseigne l'ardeur amoureuse, le plaisir et le tourment d'un amour pareil au nôtre. Ainsi font les étoiles.