— Ce sont, dit Samuel, deux bons serviteurs du grand roi. »
De son bras le voyageur indiquait des merveilles nouvelles :
« Plus haut, voyez, ces quatre-là qui font la figure géante d'un chasseur de bêtes féroces!… et ces trois dont il vient de ceindre ses reins pour soutenir son épée! Les peuples qui vivent dans les îles de la mer violette le nomment Orion ; sa rage est telle, quand il parcourt les forêts célestes, que des nuées sortent de sa bouche, qui tombent en pluie sur la terre.
— Il brille, dit Jacob, de toute sa fureur. »
Et Samuel gémit, l'haleine courte :
« Il étincelle de courroux.
— Celles-là! dit le voyageur, et celles-là! ces sept autres! ces trois autres! cette flèche! ce rameau de chêne et cette chevelure! celle-là, si rouge, et celle-là, dorée! et puis ces quelques-unes, groupées dans un aigle qui plane, dans un dauphin qui plonge, dans la forme rampante d'un serpent! Ouvrez les yeux, frères! Jacob, ouvre les yeux! Samuel, ouvre ton cœur! voyez! je vous livre tout le firmament de minuit! »
Invoqué par leur désir, le ciel se révéla soudain, et voici qu'aux bergers veilleurs, une prairie bleu sombre apparut qui montait de l'horizon d'orient vers le zénith et dévalait en pente douce jusqu'à l'horizon d'occident. Bien qu'elle fût le ciel entier, cette prairie leur semblait l'image simple d'une prairie terrestre, immensément agrandie. Un fleuve la traversait : onde tranquille qui n'était point pareille aux ondes d'ici-bas ; plutôt eût-on pensé à quelque lait translucide et mousseux, très pur, très léger, tout pénétré de neige et de rayons, comme si l'on y avait fait fondre des étoiles : un fleuve calme de lait scintillant.
Sur ses bords, dans la prairie, des formes se devinaient, formes d'êtres humains et de bêtes d'une taille plus élevée que celles de la terre. Certaines reposaient sur l'herbe d'azur foncé, d'autres, assises ou couchées sur les rochers des berges, contemplaient l'onde stellaire, et sur toutes régnait un silence profond, un absolu silence ; et toutes restaient immobiles. Seul suivait son cours le flot lent du céleste lait.