« Il faut attendre encore, disait le voyageur. Plus tard elles feront leurs gestes coutumiers, plus tard elles parleront. Tenez-vous prêts! L'azur est soucieux, ce soir. Tenez votre âme prête! L'instant approche où les étoiles diront leur peine, où vous la comprendrez. »
Jacob ni Samuel ne répondirent : ils ne pouvaient répondre. Ravis dans une commune extase, les bergers observaient, sous le joug du même enchantement, le blanc passage du fleuve dans la vaste prairie bleue, peuplée d'apparences muettes. — Elles ne sont pourtant ni mortes ni pétrifiées, ces apparences, leur immobilité rend bien l'angoisse qui les point, qui se découvre, constante et profonde, en leurs yeux grands ouverts. N'était ce regard, on dirait de sommeillants fantômes ; ils se cachent sous un semblant de sommeil, mais leurs yeux le dénient : dort-on les yeux ouverts?
Ce musicien abandonne sa lyre jetée à terre : il veut qu'elle reste muette.
Cet autre penche vainement l'urne vide d'où les dernières gouttes sont tombées : il prolonge le geste de verser, mais ne verse rien.
Ce dragon sinueux présente l'énorme aspect d'un lézard triste dont la peau ne brille plus.
Assise sous un arbre, cette jeune fille (on dirait l'image de la mélancolie) contemple tristement une frêle balance suspendue à l'un des rameaux.
Au fil de l'onde blanche, un cygne blanc se laisse aller, sans qu'une plume frémisse, sans que varie la courbe du noble col.
Ce taureau ne relève plus sa lourde tête abandonnée.