Cette femme devait, jadis, peigner ses cheveux d'or avec un peigne d'or. Maintenant, elle néglige la chevelure ternie.
Et que fait ce centaure? — Depuis longtemps il a jeté son carquois, les flèches et l'arc de bois dur. — Que font ces deux géants? — Orion, le chasseur a des mains inertes, et cet autre en qui se joignent la force et la beauté, jamais ne se relèvera : il songe, couché de son long, les muscles détendus ; il ne s'inquiète guère de ce dangereux crabe noir, tout proche, aux pinces redoutables, mais qui ne bouge pas.
Il ne bouge pas davantage, ce scorpion retors.
Ce lion rêve-t-il, le mufle dans ses pattes? ce gros bélier laineux rêve-t-il? Peut-être… comme ces autres bêtes, ces autres figures humaines, comme ce poisson lourd dont la nageoire dorsale perce l'onde de lait.
Aucun ne dort : ils veillent tous, ils attendent, parqués dans le bestiaire des cieux.
Mais qu'attend-il, ce jeune homme frêle, au torse mince, aux pommettes pâles, aux yeux battus, dressé sur le bord même de l'onde, la tête un peu penchée, qui cherche obstinément son reflet et sourit d'une bouche avide à l'illusion de ce reflet? — En vérité, l'on ne sait pas ce qu'il attend.
« Implorons-les! dit le berger voyageur, supplions-les de nos voix sourdes, avec d'humbles cris retenus! Qu'ils comprennent que nous les aimons, que nous partageons leur souci. Point de discours! un grand désir seulement, qui balbutie, une ferveur qui monte vers eux à la façon des fumées du sacrifice. Ils en goûteront le parfum.
Les trois hommes s'étaient levés ; ils invoquaient en silence l'azur nourri de scintillations… Or le regard naïf de Samuel, de Jacob, et celui plus savant du voyageur aux yeux pleins d'images, manifestaient un si vif élan de l'âme, une effusion si brûlante, tant de puissance d'oraison, tant de piété que la prière parut se dégager de leur esprit pour gagner le ciel comme un psaume.
Le ciel, à ce même instant, tressaillit ; toutes les étoiles frémirent et, plus claire que le chant du cristal frappé, une note, une seule note limpide tomba du firmament. — Le musicien dont la lyre gisait à terre l'avait reprise, l'avait touchée. — Puis, ce fut une autre note, une autre, un accord, un autre accord, l'esquisse rapide d'un arpège… La lyre divine retrouvait sa voix.
Puissance de l'incantation! des murmures parcourent le pré bleu :