— Les temps heureux sont révolus…

— Hercule disait vrai : à quoi sert-il de s'évertuer quand le désir a disparu des cœurs?

— Ton chant se perd!

— Ta lyre aussi doit être lasse : donne-lui du repos.

— Tu chantes des chants inutiles…

— D'ailleurs, nul ne t'écoute! »


Sereine et de plus en plus sûre, s'éployait la voix d'Orphée que scandait la grande lyre.

« Après chaque nuit, chantait Orphée, renaît un jour nouveau. L'ombre fut longue où nous vivions sans vie ; elle se dissipera cependant. Vous ne voyez pas l'aube, encore, mais l'aube est proche. Sans la voir plus que vous, je la chante, l'ayant devinée. Pareille au bouillonnement d'une source secrète, l'aube murmure sur les rives de la nuit, annonçant ses parfums, ses couleurs et son chant… Je vous le dis : l'aube va poindre! Ne la niez pas! soyez prêts à la recevoir!

— Tais-toi! disait une voix mince, ou bien chante plus bas : tu me distrais de mon plaisir ; l'onde frissonne sous ta voix et je ne puis y reconnaître le ravissant reflet. »