— Relève-toi, Zacharie ; ne te trouble point. Je suis en effet un messager. Je viens de loin ; j'étais tombé sur le bord de la route à cause d'une grande fatigue qui m'accablait. Relève-toi ; je te donne le baiser de paix. »
Il le baisa au front et, tandis qu'un étrange et puissant parfum de roses se répandait dans l'air, Zacharie sentit descendre en son corps ce même apaisement qu'il avait connu, parfois, quand il admirait, au sortir du sommeil, une aurore de printemps ou que, par une nuit d'été chaude et silencieuse, il contemplait le ciel obscur. Le parfum des roses persistait ; Zacharie se sentait ivre. Il se releva, mais il trébuchait sur ses jambes.
« Ne te trouble pas, Zacharie! Regarde-moi! Comment, ayant fait le bien, peux-tu trembler? comment, m'ayant secouru, peux-tu, comme celui qui a péché, baisser les yeux?
— Maître, j'ose à peine…
— Il faut oser. Regarde-moi. »
Zacharie le regarde. — Toute la bonté d'une mère, toute la candeur des petits enfants, toute la vaillance d'un soldat se lit sur ce visage. Peu à peu, Zacharie s'apaise. Respectueusement, il prend le bas de la robe bleue et murmure :
« Maître, votre robe est souillée, elle fut même déchirée par les épines du buisson. Venez jusqu'à ma demeure, vous honorerez ainsi mon seuil ; ma femme saura nettoyer ce tissu bleu de sa poussière et peut être raccommoder la déchirure.
— Je lui en serai reconnaissant, dit le messager. Montre-moi le chemin qui conduit à ta maison. »
Zacharie marche sur la route, le messager le suit. De l'ombre des arbres, ils passent en plein soleil et le grand manteau blanc sur la robe bleue semble un nuage pénétré de lumière qui mord sur de l'azur.