Le bateleur bossu sourit de même.
Tous trois, ils regardent avec ironie une jeune femme qui s'approche. — Oh! que cette jeune femme est donc belle! On n'aperçoit que son visage, car une ample gaze de soie, triste et légère comme la robe aérienne des cèdres, l'enveloppe entièrement, recouvre ses cheveux, drape sa poitrine et ses hanches, cache ses jambes longues. Pourtant, les petits pieds nus, chaussés de sandales, paraissent à chaque pas, montrant l'orteil rose encerclé d'une bague de turquoise. — Quelle est cette jeune femme, souple comme un roseau, d'une grâce toute simple, et si svelte aussi?… Pourquoi, surtout, cette expression désolée? Car elle pleure en silence, sa figure ruisselle de larmes, sa bouche semble molle de douleur. Parfois, elle porte ses mains à sa gorge : elle étouffe.
Les trois hommes ne lui accordent néanmoins aucune sympathie : l'un, ayant posé son livre, la considère d'un œil sardonique et mauvais, l'autre a replié ses parchemins et, sans paroles, raille la pleureuse en esquissant une grimace de mépris, enfin le flûteur hasarde sur sa flûte, en dehors de toutes règles, une note inattendue, sifflante, pointue, plus cruelle que nul outrage. — D'ailleurs la jeune femme n'a rien voulu voir, n'a rien voulu entendre : elle s'en va.
Aussitôt le compilateur de gaîté, entraînant sa bosse par un haussement d'épaules, dit :
« Elle en trouvera bien un autre! »
Et le rédacteur d'itinéraires déclare :
« Elle faisait la honte du palais! »
Et le gagiste de musiques réussies murmure :
« Les larmes vont abîmer ses joues : on s'en plaindra. »
En effet, la nouvelle est connue de tous : chacun la commente, chacun sait pourquoi cette jeune femme pleure et pas un ne veut la consoler.