— Et David ressemble à sa mère, dit Zacharie, mais Sarah n'a, je crois, jamais tué que les chenilles de nos salades.
— David… un soldat! dit Sarah en soupirant. Ne pourrait-il jouer avec les bêtes, sauter les buissons, comme il fait aujourd'hui, et plus tard cultiver la terre et en cueillir les fruits? Car c'est ainsi que l'on trouve le bonheur.
— Comment Elysée pourrait-il attrister quelqu'un par ses chansons, dit Zacharie, lui qui reste des heures le nez en l'air à regarder le ciel bleu? Car c'est ainsi que l'on trouve la paix et qu'on la donne aux autres en chantant.
— David est bruyant, gourmand, mais il n'est pas méchant! dit Sarah.
— Quand on lui parle, Elysée pense souvent à autre chose, mais c'est un brave petit garçon, dit Zacharie. Daignez me croire, Maître. »
Tous deux avaient les yeux gros de larmes.
« Vous êtes de bonnes gens, dit l'hôte, ne craignez rien. Il y a d'autres guerriers que ceux qui versent le sang et d'autres larmes que celles qui font souffrir. »
Etonnés, Sarah et Zacharie le regardaient sans répondre, un peu incrédules. L'hôte au manteau blanc poursuivit :
« Il faut se battre, parfois, pour mater un cœur obstiné, pour vaincre un homme trop savant, pour toucher un homme riche dont l'âme est pauvre, mais cette victoire ne coûte pas de sang. — David sera ce guerrier victorieux. — Et n'avez-vous pas pleuré, à l'aurore, parce qu'un jour le soleil était plus beau que de coutume, parce qu'un regard paraissait plus doux, parce qu'un rossignol chantait plus clair? — Elysée fera pleurer ainsi, par des chants où la lyre mêlera ses accents.
— Oui, Maître, nous comprenons! » murmurèrent Zacharie et Sarah.