« Le sanglier dans sa bauge puante,
« L'aigle dans l'air…
« Mais le roi Balthasar ne dort pas! »
Furieux, il saute de sa couche ; il se dresse, et l'oiseau, pour paraître plus petit, sans doute, se pose à ses pieds, tout près, et lève le bec, et hoche la queue, et se moque sans pitié, infime touffe de duvet rouge devant le si grand roi, le si grand nègre nu qui sue de chaude colère et ne dit rien. — Balthasar avancerait si peu que ce fût, qu'il écraserait sans peine ces quelques plumes ébouriffées autour d'un cœur battant ; assurément ; on dirait même que l'oiseau l'y invite… Or le roi ne bouge pas.
Cela est absurde! Plutôt devrait-on penser que la seule paresse entrave Balthasar, ou la très ferme volonté de rester immobile, néanmoins…
Le grand roi a l'air instable sur ses jambes, instable aussi dans son esprit. Il balbutie, il penche plus encore la tête vers l'oiseau. Il vacille ; tout entier, il hésite… Pourquoi? Tâcherait-il de réfléchir? — Tombant de si haut, le regard de ses gros yeux naïfs est très ridicule, ce regard offensé dont il veut châtier l'oiseau.
L'oiseau a cessé de chanter ; il se demande quand le roi Balthasar aura fini sa méditation : lui est accoutumé à méditer plus vite ; il s'étonne, il s'impatiente et, pour se distraire, aiguise prestement son bec sur le cuivre de la lampe abattue, ce qui fait un petit bruit râpeux très agaçant.
Les femmes le surveillent, inquiètes, l'haleine courte, ne devinant pas si l'aventure est terminée ou va reprendre dans le tumulte, les cris mêlés et, comme à l'ordinaire, dans le sang répandu.
Mais l'oiseau n'a pas de temps à perdre : il vole soudain vers la porte, en franchit le seuil, se pose de nouveau, se retourne, puis, sur un ton différent, salue le roi par trois notes de flûte, cordiales, familières, très douces, cette fois. Il le regarde avec malice, la tête oblique. — Balthasar a-t-il compris?