Le roi veut mettre son manteau noir. Aussitôt, les femmes s'empressent et le lui posent sur les épaules ; elles roulent un turban noir à son front, elles le chaussent de sandales noires, elles l'arment de sa hache, et quand, enfin, sans savoir pourquoi, Balthasar s'ébranle et sort à grands pas, l'oiseau se perche sur sa tête, petit plumet précieux qui semble compléter son costume et coiffe, frémissant, fragile et rouge, le solide géant noir.

Non! un geste arrête net ceux qui pensaient l'accompagner : le roi sortira sans nulle escorte, nulle ombrelle qui le protégerait, nulle trompette déchirante pour annoncer de loin sa venue. — Il entre seul dans la fournaise… presque seul.

L'air y palpite toujours, irrespirable ; c'est un grand incendie sans flammes qui brûle sous la coupole bleue. A gauche, la ville brûle de même, dans un silence poignant, toute plate ; en face, la plaine s'étend, brillante de sel et de mica, monotone jusqu'à l'horizon, déserte, sauf cette ligne indécise d'une caravane de passage ; mais à droite, le regard se repose sur la bordure sombre de grands bois.

« L'air est moins chaud sous la voûte des branches ;

« On y trouve parfois un peu de brise errante,

« Les eaux sylvestres gardent leur fraîcheur… »

L'oiseau rouge propose et, comme s'il obéissait à l'oiseau, c'est vers le bois que Balthasar dirige ses pas.


Le sable fait, à cette heure, une piste suppliciante : il agrippe le pied du passant pour mieux le blesser, ou bien il se dérobe, et l'on trébuche tout à coup. — Balthasar avance avec peine, égaré dans la lumière qui l'aveugle, éperdu de chaleur, pâmé. Il marche, il s'obstine à marcher ; un roi ne s'arrête pas en route… Eh! que ne restait-il sur sa couche, parmi des femmes habiles à l'éventer?

L'air ardent s'épaissit devant lui ; le pénétrer demande un effort qu'il faut à chaque instant reprendre. Quand le laboureur écorche en plein soleil un sol dur, il travaille ainsi, mais un roi ne peut-il se distraire d'autre façon?