Puis je lui parlai de la nouvelle infirmière et lui fis part de divers potins. Nous causâmes ainsi, quelque temps. Bien que sans fièvre depuis trois jours, Cigogne paraissait encore très nerveux. Quand il voulait m’entretenir de sa femme, vite, je changeais de conversation, mais moi aussi j’étais fort anxieux de voir réellement et de mes propres yeux Mme Maxence. — Elle entra enfin, suivie de Mahoudiaux, qui ne resta pas longtemps.

Mme Maxence… que pourrais-je en dire ? Depuis lors, je l’ai vue presque tous les jours et mon opinion n’a guère varié. — C’est une personne de petite taille, assez mince, fort jolie, dont le visage inspire confiance par ses traits nets. Des cheveux châtain foncé, coiffés de façon tranquille, une robe beige, tranquille aussi ; une allure décidée, sans affectation d’importance ; de ravissantes, de délicieuses mains qu’elle déganta : des mains fines, intelligentes, sans bagues…

Lucienne Maxence a de la bonté dans le regard et de la gaîté, mais sa bouche est précise. Ses yeux savent rire, sourire, être tendres ; sa bouche, avec moins d’expressions diverses, se tient dans un calme bienveillant. Jamais d’ironie, jamais ce pincement sévère qui durcit les lèvres ; non, simplement de la sécurité. Les yeux gris sont plus jeunes que la bouche ; il y reste quelque chose de puéril qui me plaît ; je crois qu’ils rêveraient volontiers.

Dès l’abord, la femme de Cigogne eut toute ma sympathie, mais, songeant à ce que mon camarade me disait d’elle, naguère, je pensai :

« Comme vous vous expliquez mal, chère Madame ! comme vous vous expliquez mal, Florimonde ! »

Je vis bientôt que cette sympathie spontanée qu’elle m’inspirait ne m’était pas rendue. D’abord, elle me regarda d’un air grave :

« Ah ! oui… M. Serval… »

Un éclair furtif passa dans ses yeux, puis elle ajouta :

« Parfaitement. »

Un peu sec ce « parfaitement »… et l’on se mit à causer.