Tout en débitant mille banalités, je me donnai quelque peine pour la prévenir en ma faveur. Devant Cigogne, je parlai de Cigogne avec affection : à lui, j’affirmai que ses angoisses seraient allégées par la présence de sa femme, à elle, je contai des anecdotes aimables sur son mari, à Mahoudiaux, je redis combien de fois Roger m’avait vanté son ancienne et solide amitié. Puis j’ajoutai :
« Il a surtout besoin d’un repos moral qu’il ne trouvera ni dans des infirmeries, ni dans des hôpitaux ; il a trop souffert, de toutes façons et particulièrement des pires ; il n’était pas fait pour cette souffrance-là, Madame, et son courage n’en est que plus grand puisqu’il la supporte. »
Elle sourit avec une expression étonnée. Mahoudiaux sourit aussi et je crus voir, sur sa bouche de brave homme averti, des intentions sarcastiques. Il me semblait que Lucienne Maxence se disait : « Tiens, tiens, il parle mieux qu’il n’écrit, cet imbécile ! » et Mahoudiaux : « Tiens, tiens, il s’est aperçu de sa gaffe ; il tâche de s’en dépêtrer ! »
Insensiblement, les lèvres de la jeune femme perdaient leur aspect sévère. Enfin, je dis encore à Cigogne :
« Et tu vas reprendre goût à la vie, n’est-ce pas, Roger ?
Il me lança un regard sinistre.
« Tu prononces mon nom comme on avale une pomme de terre chaude ! Appelle-moi Cigogne, si Roger te gêne !
— Mais, interrompit Mme Maxence, pourquoi Cigogne ? Je ne comprends toujours pas ! »
Elle me regardait bien en face…
« Allons, ma chère ! dit Mahoudiaux, n’expliquons pas les surnoms : ils ont toujours leur raison d’être et sont parfois drôles.