Alors nous parlâmes de moi.
CHAPITRE XXXIX
Je pus bientôt me lever et traîner dans la salle ma jambe douloureuse, puis descendre au jardin et regarder, en nombreuse compagnie d’infirmes, de malades, d’éclopés, les impertinents moineaux. Tous les jours, aux heures de visite, je retrouvais, près du lit de Cigogne, mes nouveaux amis, chaque fois avec plaisir. Quelques causeries seul à seul me permirent d’expliquer à Mme Maxence l’exaspérant effet qu’avait eu la guerre sur l’esprit nerveux de son mari et je compris qu’elle m’était reconnaissante. Malgré les gronderies du sage Mahoudiaux, la pauvre petite croyait son cher Roger déjà fou.
Du temps passa et l’on venait de me réformer pour tout de bon, quand, revenant d’une visite à l’hôpital de Cigogne, je fus accosté par Mahoudiaux.
« Dites-moi, Serval ! Quand vous rentrerez chez vous, à Paris où je compte passer aussi, cela vous gênerait-il que je vous accompagne un jour jusqu’à votre atelier ?
— D’autant moins, cher ami, répondis-je que je pourrai ainsi vous montrer des gravures dont je vous ai parlé ?
— Parfait ! Vous me sortirez aussi de vos cartons les caricatures et croquis que vous avez de notre ami Cigogne. Voyez ! je ne lui donne pas d’autre nom… Mais je veux vous entretenir d’un autre sujet, d’une idée que j’ai eue… (cela m’arrive !) et qui m’est chère. »
Il me l’expliqua tout au long. — Ma foi ! je finis par y souscrire.
« Vous ne savez pas le plaisir que vous me faites, Serval ! »
Mahoudiaux parle d’une façon plaisante, ses phrases n’accrochent pas : toutes rondes, elles roulent et rebondissent.