A cet instant, la porte de la maison s’entrebâilla et une belle personne, grande, au visage régulier, couronnée d’une admirable chevelure noire, parut sur le seuil.

« Tenez, Serval : voilà mon amie Mme Michel… Et quand on a, comme elle, la beauté et la santé, en plus du bonheur, de quoi peut-on se plaindre ? »

A vrai dire, cette femme était magnifique. Son teint sombre et mat, ses royales épaules, sa taille point déformée, affirmaient encore cette majesté tranquille, reposée, sans lourdeur, qui lui donnait l’apparence d’une divinité moderne, protectrice des champs, des arbres et des moissons que le soleil dore. Paysanne, à coup sûr, mais déesse, son tout premier aspect inspirait de la joie.

« Hé ! la mère Michel ! cria Mahoudiaux.

— Monsieur Maurice ! Enfin ! Quatre jours qu’on ne l’avait vu !… J’arrive ! »

Elle descendit les quelques marches qui menaient à la route.

« Vous ne pouvez donc pas venir jusqu’à la Cassolette me dire bonjour, mère Michel ? Alors… on n’est plus amis ?

— Oh ! vous savez bien, monsieur Maurice, que je suis, comme vous dites, une personne réservée…

— Parce que j’ai du monde chez moi ! Allons ! encore des bêtises ! En tout cas, mère Michel, permettez que je vous présente, tout de suite, le maréchal des logis André Serval, mon ami, avec qui Roger Maxence était au front. »

Elle reconnut mon salut par une inclinaison de tête et ajouta en souriant :