« Je ne vais pas vous laisser sur le bord de la route ! vous n’êtes pas des bohémiens ! Venez vous asseoir sous mes figuiers, messieurs ; je vous ferai boire du vin blanc ; par cette chaleur, vous y trouverez du plaisir.

« Oh ! ce pauvre Monsieur ! reprit-elle, quand elle me vit debout… blessé lui aussi ! Il n’en restera donc pas un seul !

— Sauf Victor, répliqua Mahoudiaux. Il va toujours bien, lui !

— Toujours bien, monsieur Maurice, mais avouons qu’il a eu de la chance, le cher homme ! Autour de Victor, c’est un vrai massacre ; il me le raconte encore dans sa dernière lettre ; j’en avais la chair de poule. Et, tout de même, le misérable ; on dirait que ça l’amuse, comme les courses de taureaux quand nous allions à Nîmes. Ça l’amuse, monsieur Maurice ! comprenez-vous ? Mon mari deviendrait-il méchant ? Ça le changerait !

— Il ne devient pas méchant, mère Michel ; ne vous tourmentez pas : il continue simplement à se porter bien.

— Il se porterait mieux encore à la maison, près de sa femme et de son fils… Oh ! murmura-t-elle, ces hommes ! »

Elle se tourna vers moi pour ajouter avec un sourire charmant :

« Je me plains des hommes, je me plains souvent de mon mari, de M. Maurice, de mon petit, et c’est encore ces trois hommes-là qu’avec mon pauvre père j’ai aimés toute ma vie et de tout mon cœur ! »

Tout cela, si simplement, si noblement dit ! J’estime cette femme davantage à chaque parole qu’elle prononce.

« Et le petit, interroge Mahoudiaux, pourquoi ne le voit-on pas ?