— Le petit ! Vous n’y pensez pas, monsieur Maurice ! Votre filleul est à l’école. En voilà un qui aura, comme son parrain, le nez toujours fourré dans les livres ! Ça ne l’empêche pas d’aimer la campagne, les travaux des champs et la pêche. Il fait déjà sa partie, le mioche ; on dirait un homme ! Ici, à nous deux, nous remplaçons le père ; Maurice a de la bonne volonté, moi, je suis gaillarde ; quand Victor rentrera, pour sa permission, tout sera à peu près comme s’il n’était pas parti, grâce à Dieu, à notre santé et au courageux petit Maurice. »
Son regard était ravi.
« Verrons-nous bientôt Victor ? demanda Mahoudiaux.
— Dans trois semaines, je crois. En arrivant, il se donnera tout juste le temps de nous embrasser pour courir plus vite à la Cassolette.
— Et verrons-nous le petit Maurice ? demandai-je.
— Vous savez monsieur, il rentre assez tard. En sortant de l’école, il prend le tramway, bien entendu, mais il y a encore un morceau de chemin qu’il doit faire sur ses petites pattes… Oui, je l’enverrai à la Cassolette vous dire bonjour à tous, jeudi prochain. Ne lui donnez pas trop de chocolats, monsieur Maurice : c’est qu’il est gourmand, presque autant que son père ! et Victor ne laisse pas volontiers sa portion aux autres, ah ! non ! Mais, monsieur Maurice, le petit vous semblera tout timide et pas naturel s’il arrive chez vous quand il y a des invités…
— Je vous assure, mère Michel, qu’ils ne sont pas effrayants : les Maxence n’étaient jamais venus ici, pourtant je vous ai parlé d’eux bien souvent et depuis longtemps ; mon amie Lucienne est une brave petite femme sensée et gentille, son mari, une espèce de fou qui ne voudrait pas faire de mal à une mouche (ça n’empêche rien, n’est-ce pas Serval ?) et quant à André Serval, eh bien, le voilà, regardez-le ! a-t-il l’air d’un mauvais bougre ? De plus, il fabrique des tableaux, ce qui adoucit les mœurs. »
Mais Mme Michel pensait encore à son fils :
« Et doux avec ça ! reprit-elle, et sage, et poli !… Toujours obéissant, toujours tranquille ! Il sait pourtant se défendre, quand les autres gamins l’ennuient, et alors il tape dur, je vous en réponds… Ah ! le fier petit gars ! Il a été le deuxième de sa classe, samedi dernier, et le premier est beaucoup plus vieux que lui ! D’ailleurs il espère avoir des prix à la fin de l’année…
— Vous l’embrasserez de ma part, mère Michel. »