Il me parlait presque à l’oreille.

« Mais, grand imbécile ! murmurai-je.

— Non ! laisse-moi finir !… Si je la rencontre, demain, dans la rue ; car c’est demain que je vais me promener avec ma femme, je le lui ai promis… Alors, si je rencontre Adeline… Je l’aperçois de loin, tenant son ombrelle rose, n’est-ce pas ? Je propose à ma femme de s’asseoir sur un banc, à l’ombre ; moi, je reste debout, devant elle. Je regarde par terre, comme si elle avait laissé tomber quelque chose ; elle regarde aussi sous le banc et, tout de suite, je m’éloigne… Adeline est à quelques pas. Je m’avance vers elle ; je lui offre mon bras… « Venez, Adeline ! » et…

— Et tu vas te taire ! tu es fou ! interrompis-je, tandis que Cigogne balbutiait épaissement (on l’aurait cru ivre) :

— Mais j’aime ma femme, Serval ! je l’adore ! »

CHAPITRE VI

Je l’avoue : je me sens très gêné pour vous parler de Cigogne. Il me semble toujours que je le dépeins mal, que je dessine simplement le portrait d’un fou, et cela de façon peu honnête, puisque je souligne, au détriment des autres, les seuls traits où sa folie se révèle.

« Pourquoi, demanderez-vous, fut-il votre ami ? Pourquoi cette affection mal placée, inutile, surtout à une époque où les minutes ont tant de prix ? C’est folie que de gâcher des minutes d’affection. »

Oui, oui, je vous entends ! Et vous dites encore :

« De la pitié, à la rigueur ! mais votre amitié… Tel que je le vois, il ne la méritait guère. »