Je ne demandais pas mieux. Sauf le temps d’avaler notre soupe, nous causâmes sans arrêt, jusqu’à midi, une lunette aux doigts. J’étais ravi d’avoir sous mes ordres un garçon d’intelligence aussi lucide et capable d’attention soutenue.

« Et cette tache grise, au flanc du coteau ?

— Je crois que ce sont des tas de sable, Doris.

— Vous savez, margis, il faudra me donner encore des leçons sur la manière de lire les cartes et sur le tir direct.

— Bien volontiers, Doris. »

Nous eûmes, vers une heure, la visite de Leroy, qui venait apporter je ne sais quel billet au lieutenant. A ce moment, quelques obus tombèrent et je fus encore ravi de voir combien Doris suivait avec intérêt le tir que nous fîmes en réponse.

« Ah ! pour sûr, il y a plus de plaisir ici qu’au dépôt, disait-il. On se sent vivre !

— C’est votre baptême du feu, Doris ?

— Eh oui, margis !… Vlan ! un de plus !… On doit vite s’y habituer ?… Encore un ! Ils ne sont pas économes, les Boches ! ça fait mal à la tête d’abord… mais on dirait que ça réchauffe, en vous tournant un peu le sang, et c’est pas de luxe, aujourd’hui !

— Toi, lui dit Leroy, tu es déjà un bon artilleur. »