Il le regarda d’un air étonné.

« Je n’aime pas la guerre, mais…

— Tu veux comprendre ce que tu vois, dis-je en riant.

— Tout juste !

— Comprendre ce que l’on voit, ajouta Cigogne, au même instant… ce n’est souvent pas commode ! »

Nous causions ainsi de façon intermittente ; petit repos après lequel Cigogne transmettait de nouveaux les ordres de tir, Doris raccommodait un appareil, le lieutenant étudiait la carte en me faisant à son tour la leçon et Leroy tâchait d’augmenter l’activité sourde du poêle minuscule auquel nous présentions nos pieds et nos mains, de temps à autre.

« Voilà, mon lieutenant, dit Doris, c’est arrangé, les piles étaient mauvaises. »

Il ne bougeait pas, regardant la carte sur les genoux du lieutenant, puis, d’une voix hésitante, il demanda :

« Pourquoi ne tire-t-on pas plus à droite, mon lieutenant ? Le maréchal des logis me disait tout à l’heure que…

— C’est qu’il y a un repli de terrain derrière la route où les obus se perdent et que l’on n’aperçoit pas d’ici. Voyez, mon garçon, penchez-vous, suivez la pointe de mon crayon… Et vous savez, Doris, quand Serval ne sera pas là pour vous donner un renseignement, surtout, ne vous gênez pas : c’est mon métier, c’est mon devoir… Mais je crois que leur tir se rapproche. »