En effet, le dernier éclatement couvrait la corne du petit bois de Bahnholz.

Une heure plus tard, nouveau repos. Cigogne bâillait. Je lui bourrai les côtes.

« Ça t’embête, la guerre ?

— Ça ne m’amuse pas, et puis je sens que je n’ai rien à y faire, que je n’y participe pas. Il faut tant de simplicité d’âme pour se dire : « Cigogne, mon ami, le moindre de tes gestes, le plus humble a une répercussion mondiale ! » et même se le serait-on dit, comment y croire ? »

Notre lieutenant avait entendu ses dernières paroles. Je ne fus pas étonné qu’il les relevât, car il cause souvent avec nous.

« Maxence, écoutez-moi. Faire de la philosophie après les événements peut servir à composer des livres, en faire avant est utile pour prophétiser, mais, au moment même, il suffit d’ouvrir ses yeux et son cœur. La guerre, admettez-le, Maxence, n’est pas faite pour vous seul, par conséquent, tout ce que vous pourrez en penser ou en dire sera incomplet, sera faux, mais jouissez-en vite pendant qu’elle est là ! gardez qu’elle ne vous échappe ! »

Le lieutenant Bernaut a vingt-trois ans ; tous ses sentiments portent la marque de cette jeunesse dont la chaleur sincère et l’enthousiasme intelligent se perçoivent aussitôt.

Il se tut un instant, puis ajouta :

« Je crois que, la paix signée, vous souffrirez beaucoup, Maxence, d’avoir raisonné sur la guerre au lieu de la vivre ! »

Cigogne avait des larmes aux yeux.