« Leroy, ne bougez pas ! restez tranquille. C’est un ordre que je vous donne, mon garçon. »

Et je passe aux résultats, après le déblaiement.

J’étais indemne, sans une égratignure. La paillasse m’avait protégé en m’étouffant un peu ; elle rendait moins lourd ce gros poids de terre sur mon buste. D’ailleurs la folle activité de mes jambes donnait confiance.

De même, Cigogne ne se ressent en rien de l’accident ; renversé, sans dommage, il se retrouve ensuite, debout, au complet.

Le lieutenant Bernaut a le bras cassé. Il s’est beaucoup servi de son autre bras pour donner des soins utiles.

Leroy est atteint d’une blessure profonde à l’épaule. Lui aussi voulait aider au déblaiement ; le lieutenant a dû intervenir.

Doris, assis, contre la paroi du fond de l’observatoire, le corps bien calé, la figure immobile, très paisible, les yeux ouverts, les mains posées sur les cuisses, nous regarde. La carte qu’il étudiait couvre encore son genou gauche. Il est mort. Aucun doute : ce grand trou dans la poitrine…

Par un geste irréfléchi, je lui enlève son cache-nez de laine ; comme si cela pouvait le gêner ! Brusquement, la mâchoire inférieure tombe. L’ironie légère de la bouche se change en stupéfaction. — Affreux, cet étonnement d’être mort ! Cigogne et moi étendons Doris par terre avec douceur. Le visage retrouve sa paix.

« Pourquoi celui-là ? murmure Leroy en montrant le cadavre.

— Mon ami, ce ne sont pas des questions à poser, surtout en temps de guerre, » dit le lieutenant avec un petit haussement des épaules.