Brusquement, je me souvins d’une commission dont m’avait chargé le lieutenant et dis à Cigogne :

« Je vais suivre à gauche le boyau jusqu’au second tournant pour voir s’il y a du dégât. Je serai de retour dans un instant. »

La boue collait aux pieds ; sous le passe-montagne, les oreilles me cuisaient. Cela faisait pourtant quelque bien de traîner péniblement ses chausses dans cette gluante et glaciale ordure, mais j’avais toujours froid, froid au corps, froid au cœur, je songeais à la figure froide de Doris.

L’obus dont je devais chercher les traces s’était enterré en pleine glaise, sans dommage pour la paroi du boyau. Je rentrai.

« Voyons, Cigogne ! »

Cigogne, à la limite d’une crise de nerfs, pleurait à gros sanglots. Il s’était agenouillé à côté de Doris et serrait la main du cadavre.

« Il a si froid ! il a déjà si froid ! je voudrais le réchauffer ! Il a si froid, Serval ! Il regrette tant la chaleur de la vie ! Il regrette tant d’être mort !

— Maxence, lui dis-je, ne fais pas l’imbécile ! mets-toi debout !

— Oui, Serval. »

Il se tenait devant moi, tout tremblant, le regard humble, ne disant plus mot.