« Eh ! Leduc ! »

Ils s’approchèrent. Déjà la lune, pleine et rose, regardait dans le fond de la guérite ce qui restait de Jean Leduc.

XL

Geoffroy Salvert n’était pas sorti après son dîner. De temps à autre, il consacrait ainsi toute une soirée à sa mère. On causait alors longuement, tendrement, sans hâte, l’un près de l’autre, dans le rond jaune de la lampe, jusqu’au moment où, de sa voix douce qui toujours chantait un peu, Mme Salvert disait :

« Geoffroy, il est près de minuit, je crois que j’ai un peu sommeil. »

Et l’on se quittait à regret.

La cigarette aux lèvres, Salvert s’installa. Il vérifia d’abord certains détails traditionnels. Rien ne manquait : la tasse de café sur le guéridon, le cendrier d’argent rapporté jadis du Tonkin par un officier de marine, un verre de cognac plein aux trois quarts. Assise tout auprès, dans un grand fauteuil, Mme Salvert tira un ouvrage de laine de son fourreau « pour ne pas rester oisive » et rien n’empêcha plus que l’on goûtât l’exquise veillée, heure égale, sans accidents ni surprises, où l’on pouvait se dire tous ses rêves, où, bien plutôt, Geoffroy pouvait dire tous ses rêves et Mme Salvert leur sourire.

« Parle-moi du petit », demanda-t-elle.

Mme Salvert aimait Jacquot sans l’avoir jamais vu ; elle aimait aussi l’influence manifeste que cet enfant avait prise sur son fils à elle, sur son petit. Il lui plaisait de connaître ses progrès, ses ambitions, la qualité de ses jeux, et souvent, quand Geoffroy développait un plan d’éducation trop audacieux, la vieille dame disait son mot, prudemment, avec une ironie perceptible à peine et comme un air de malice lasse, uni à tant de douceur, à tant de charme !

« Parle-moi du petit ; qu’a-t-il fait cette semaine ? Es-tu content ?