Le vieux Pierre souleva Jacquot.
Mme Laurenty criait toujours dans le jardin d’une voix exaspérée. Lucienne, qui venait de se coucher, la fenêtre ouverte comme à l’ordinaire, fut intriguée par les clameurs de cette voix perçante. Elle sauta du lit et regarda dans le jardin de la villa Mireille. Le beau jardin bleuâtre avait l’air calme et doux.
« Comment que je vais leur dire ça ? pensait le vieux pêcheur en remontant la pente rude et caillouteuse. Ah ! quel malheur ! bon Dieu ! quel malheur ! »
Et ces cris, là-haut ! tous ces cris obstinés ! tous ces cris inutiles !
Le vieux Pierre tenait Jacquot dans ses bras, doucement, religieusement ; parfois il s’arrêtait pour le regarder encore et parfois il le pressait contre lui.
Peu d’instants plus tard, Lucienne, au moment même où elle allait se recoucher, aperçut le vieux Pierre qui débouchait dans le jardin par le sentier de la falaise, tenant dans ses bras quelque chose qui ressemblait à un sac.
XLV
C’est devant la grille de la caserne du Mourillon. Une jeune femme s’approche d’un air timide :
« Pardon, Monsieur… pour un renseignement…
— Adressez-vous au poste, Mademoiselle, dit le sergent de garde, d’un air aimable.