Il se sentait intimidé devant Jacquot, ne sachant par quelle phrase accompagner son départ, et Jacquot, non plus, ne savait plus que dire. Le soldat regardait l’enfant mince, au teint hâlé, aux yeux noirs, aux lèvres d’un rouge sombre et qui, dans son costume bleu marine, avait tellement l’air d’un « petit monsieur ». Ils comprirent, sans doute, qu’ils étaient de la même race nette et franche, car le soldat sourit à l’enfant et l’enfant rendit le sourire.

« Vous appartenez au fort ? » demanda Jacquot.

— Oui, Monsieur. J’attends des camarades. Nous allons poser une guérite, là, tout près du treillage. C’est parce que des étrangers sont entrés, samedi dernier, et qu’ils ont traversé le territoire militaire. Alors, vous comprenez, avec une guérite pour la nuit et les jours de mistral… alors, on ne passera plus sans dire pourquoi.

— Ah ! je comprends ! dit Jacquot. Comment vous appelez-vous ? »

La connaissance était faite. Gentil, ce soldat ; et le soldat, heureux de voir qu’on l’interrogeait, prenait courage.

« Je m’appelle Jean Leduc, dit-il ; je suis de Bretagne, de Plougastel, un joli endroit ; c’est là qu’habite la mère. Le père est mort l’an passé ; et puis, j’ai ma sœur qui est mariée, et il y a aussi un frère qui fait la pêche.

— Comme les pêcheurs d’ici ? demanda Jacquot.

— Non ! oh ! non ! dit le soldat en riant. Il est morutier, il pêche la morue, là-bas, sur les bancs de Terre-Neuve. Moi, je suis le cadet. J’aurais dû faire mon temps, comme lui, dans la marine, mais je me suis engagé dans l’armée de terre. Voyez-vous, je ne sais pas pourquoi ! comme ça ! »

Jacquot réfléchit un instant.

Ce soldat était tout à fait gentil. Il lui devait une réponse.