« Moi, dit-il, je m’appelle Jacques Laurenty, mais on m’appelle Jacquot. Mon père est notaire, en ville. Il descend tous les jours à son étude par le tramway et revient pour les repas. C’est à nous, la villa Mireille, tout ça ! »
Il fit un grand geste circulaire.
« Vous avez de la place pour courir, dit le soldat. Je vous ai vu, il y a quelques jours, avec vos amis.
— Ah ! oui ! dit Jacquot. Il y avait Lucienne, Alice, Paul et le petit Henri. C’est Lucienne que j’aime le mieux.
— Vous vous amusiez bien ! dit le soldat.
— On s’amuse beaucoup, dit Jacquot gravement, mais quand nous jouons à cache-cache, Alice, Paul et Henri ne savent pas se cacher. Ils n’inventent rien de nouveau : toujours la cabane aux outils ou les bosquets de thuya. Quand c’est Lucienne et moi qui nous cachons, les autres ne nous trouveraient jamais, si Lucienne pouvait se taire, mais elle parle tout le temps ; alors, vous comprenez ! Oui, on s’amuse beaucoup. »
Le soldat regarda au loin, sans rien dire, puis, d’une voix basse et prudente, comme s’il craignait de froisser Jacquot, il murmura :
« A votre âge, Monsieur, je travaillais déjà, et je travaillais dur !
— Oh ! s’écria Jacquot, moi aussi, je travaille ! C’est monsieur Salvert qui me donne des leçons, tous les jours, excepté le dimanche, et aussi le jeudi, dans l’après-midi. Il est très gentil ; il explique bien les choses. »
Le soldat ne put s’empêcher de sourire. Tout ça, c’était du travail de riche !