Brusquement, Jacquot l’interrogea :

« Avez-vous lu l’Ile mystérieuse ? Oh ! c’est si beau ! c’est de Jules Verne ! Un jour, je vous dirai l’histoire. »

Non, le soldat n’avait pas lu l’Ile mystérieuse. Il réfléchit un instant, cherchant à se rappeler un titre de livre qu’il pourrait citer. La comtesse… la comtesse… C’était bien ça ! La comtesse adultère. Il valait mieux n’en point parler.

— Vous savez, Monsieur, on n’a pas le temps de lire, dans le métier. Quelquefois, le feuilleton du journal, mais, un jour, on oublie, et alors on n’y comprend plus rien, et puis, tout ça, c’est des mauvaises lectures. C’est pas pour vous, Monsieur. »

Jacquot savait qu’il se trouvait de bonnes et de mauvaises lectures. Jacquot savait beaucoup de choses. Au début de l’hiver, il s’était passé une scène fort violente à la villa Mireille. Couché dans un coin du divan, Jacquot regardait l’abat-jour rose de la lampe, qui ressemblait au chapeau de Lucienne. Il ne bougeait pas. Il ne disait mot. Il lui suffisait de contempler l’abat-jour rose à fond de soie garni de dentelles. Ses parents l’avaient oublié.

Soudain, M. Laurenty, prenant sur la table un livre à couverture jaune, s’était écrié :

« Hélène ! comment peux-tu lire de pareilles choses ! Ce roman est ignoble ! Et tu le laisses traîner sur la table ! S’il venait à l’enfant l’idée de le parcourir seulement, il y a de quoi lui salir l’imagination à tout jamais ! »

Intéressée par son journal de modes, Mme Laurenty ne répondit pas, tout d’abord, puis, après un temps, mais sans se déranger :

« Je ne suis plus une petite fille, Julien, dit-elle, et vous me ferez la grâce de ne pas surveiller mes lectures. Quant à Jacquot, il lit seulement les livres que je lui donne. »

Elle baissa la feuille de devant ses yeux, et vit le témoin de la scène.