A grand bruit, M. Laurenty jura, mais Jacquot ne se souvenait pas de ce qu’il avait dit, au juste. Ses yeux se gonflaient, sa bouche tremblait. M. Laurenty frappa la table. Un verre chanta. Jacquot fondit en larmes.

« Odieux ! c’est odieux ! Il pleure à tout bout de champ ! On ne peut plus parler ! Va-t’en dans le jardin ! sors d’ici ! »

Jacquot plia sa serviette, prit l’orange qu’il s’évertuait à peler proprement et fut l’achever au jardin, comme l’en priait aimablement son père. Là, du moins, on pouvait manger les fruits à sa guise.

Il était seul. Les larmes séchèrent vite. Pas de camarades, car c’était un jour de semaine ; point de leçons, car M. Salvert souffrait de la grippe, ayant pris froid, la veille, en rentrant chez lui. Que ferait Jacquot ? Irait-il voir Lucienne qui n’avait ses leçons que le matin ? Lirait-il ce beau livre que M. Périer lui avait donné : « Cinq semaines en ballon » ? Non ; il n’aimait pas montrer à Lucienne ses yeux rougis. Il s’intéressait moins vivement aux aventures d’autrui lorsqu’il venait d’en subir une trop personnelle. Non ; il se coucherait sous un pin et passerait l’après-midi à ne rien faire.

La tristesse de Jacquot avait vite disparu. Une sauterelle verte qui détendait au sein de l’herbe son maigre corps le fit sourire. Il regarda une armée de fourmis qui construisait une colline en terre rouge, puis il oublia tout à fait les incidents du repas et, couché dans l’ombre du pin, les bras en croix, il écouta chanter la mer.

« Il faut tout de même que j’aille voir la Marie-Claire repeinte », se dit Jacquot, une heure plus tard.

Dans le temps qu’il se levait, il entendit un petit pas rapide et vit un délicieux chapeau rose.

« Bonjour, Jacquot ! dit Lucienne. Je t’attendais à la maison. Pourquoi n’es-tu pas venu jouer ?

— J’avais des ennuis, dit Jacquot.

— Oh ! pauvre ! » murmura Lucienne.