On voit aisément le lien qui unit ce fragment aux belles périodes, au large panthéisme, à la divine noblesse du Centaure et de la Bacchante de Guérin.
A cette source et à celle de quelques poèmes d'Hugo sont allés boire certains poètes et prosateurs d'aujourd'hui qui ont décrit la nature en la faisant déesse.
Ne parlons que de deux d'entre eux. Henri de Régnier consacre toute la seconde partie de la Cité des eaux à parler des arbres-dieux, des hommes-chevaux, des flots de la mer où la sirène se couronne d'écume, et Pierre Louÿs, dans tous ses contes, nous vanta la nature en sa divinité.
Je voudrais réunir ces deux noms.
La nymphe qui passe dans les contes de Pierre Louÿs est sœur de celle que Henri de Régnier nous montre dans ses poèmes.
En un passage où Ovide entretient son lecteur d'une métamorphose, avant d'engager son récit il en tire la morale par une façon de précaution oratoire tout à fait déplaisante.
Je ne crois pas qu'un poète qui voudrait nous dire aujourd'hui l'histoire d'une nymphe qu'une trop grande douleur changea en fontaine ou celle d'un chèvre-pieds vaincu par Apollon, considérerait beaucoup la morale à tirer de son conte.—Un soir que les pins, éclairés par le couchant, lui parurent tragiques et, comme nous le dit Henri de Régnier: «Semblaient rouges du sang d'un satyre attaché», ce poète écrivit Marsyas; un jour où quelque source pleurait à longs sanglots, un autre poète songea à Byblis, à sa douleur, à l'eau courante et, comme nous le dit Pierre Louÿs: «C'est ainsi que Byblis fut changée en fontaine.»
De morale! grand Dieu! pas la moindre. Je vous ai montré tout à l'heure la nature se composant en jardins, la voici qui se compose en déesse, en femme, en telle apparence demi-divine qu'il lui plaira de choisir.
Aussi bien, le scrupule d'Ovide était-il d'une âme trop latine. Les Grecs ne discutaient pas la valeur morale de leurs fables, et le souci qui préoccupait encore certains écrivains, il y a deux ou trois siècles, n'arrête guère, de nos jours, celui qui veut donner un sens nouveau à des aventures fabuleuses, montrer la nymphe en pleurs au lieu des sources claires et considérer la nature à travers un rêve... La nature est belle ainsi. Hugo nous l'a décrite: