— Je t’attendais.

— Alors nous allons arranger quelque chose. »

Je médite en silence, mais elle, bientôt, coupe court à ma méditation :

« Nous allons recevoir… Seulement, pour ça, il faut l’échelle. Va la chercher. »

Recevoir… J’eusse préféré quelque divertissement moins calme. Néanmoins, l’ordre est donné. J’obéis.

La quadruple fourche de l’arbre dépassée, l’on se trouve dans une vaste cage de verdure, commode, meublée de quelques sièges noueux, assez ombragée. Le soleil la pénètre de rayons minces qui vous posent dans les mains des écus de lumière. Cette cage se transforme aisément, au gré de la fantaisie : j’y vois tantôt la nacelle d’un aérostat, la cabine centrale d’un bateau sous-marin, entouré d’océan vert, la plate-forme dernière d’une très haute tour d’où l’on découvre le page « tout de noir habillé », de somptueux cortèges précédés de musique et des bêtes sauvages, zèbres, antilopes, hyènes, que papa m’a décrits. Bianca y voit une loge de théâtre, une piste de cirque, aux jours où elle m’oblige à faire le pitre pour la divertir, un salon, enfin, comme aujourd’hui.

Bianca va recevoir en cérémonie. Elle s’installe dans le fauteuil que lui présente un rameau coudé, elle défripe sa jupe, prend une pose accueillante et digne, puis elle sourit, comme doit faire une bonne maîtresse de maison.

« Qui vais-je recevoir ? demande-t-elle.

— Puisque tu viens de dire à la femme de chambre que tu étais chez toi, il faut recevoir tout le monde.

— Que tu es bête ! C’est pas mon jour. Je te demande qui va venir. »