Tout cela (et certainement j’en oublie) facilite l’essor d’un songe, mais Bianca s’éloigne cependant à petits pas vers le fond du jardin, vers l’endroit où cesse le potager, où le verger commence, où se découvre un bassin d’eau claire, ombragé par trois jeunes arbres frissonnants.

Pour le moment, il ne s’y passe rien de singulier.

— Il faut attendre.

Un petit nuage court dans le miroir de l’eau tranquille, un nuage plus nébuleux, vraiment, plus aérien et d’une blancheur plus recherchée que son semblant qui traîne au fond du ciel. Bianca le regarde de ses yeux ravis, elle le suit, elle détaille ses diverses beautés, elle voudrait le saisir, le caresser de la main, ce petit nuage abîmé, plus lointain que l’autre qui s’exalte, mais plus près de son cœur.

Quelques minutes de silence et Bianca se met à rire.

Cette bizarre bête aux longues pattes fines qui esquisse des gestes de patinage, où va-t-elle ?… La voilà perdue.

Cet oiseau, d’où vient-il ?… Hélas, il est déjà parti. Il volait vite, mais Bianca l’a deviné quand même dans le ciel renversé.

Maintenant, elle fait le tour du bassin, elle s’assied sur un vieux banc de bois très branlant d’où l’on peut voir la maison réfléchie, avec ses fenêtres, sa terrasse, les plantes grimpantes qui fleurissent la balustrade. On voit aussi l’angle du toit, la girouette. Parfois, on voit tourner la girouette…

Or, sachez-le, c’est là que Bianca demeure réellement, dans cette mystérieuse maison couchée à ses pieds et que trois jeunes saules surveillent.

Sans bouger, simplement en fermant les yeux, Bianca entre chez elle, se promène, ébauche une audacieuse glissade sur la rampe de l’escalier, joue à la balle dans l’antichambre (avec moi, j’espère) tandis que ses parents se recueillent encore à leur premier étage.