« Oh ! que je suis content, Madame ! j’avais du chagrin de le savoir souffrant.
— Vous l’aimez tant que ça ?… »
Nulle ironie : simplement une question posée.
« Madame, il est mon seul vrai camarade. Il me manque beaucoup. »
Dalsant est donc mon seul vrai camarade ? Je ne m’en doutais pas avant de le dire. Maintenant, j’en suis persuadé.
Alors Mme Dalsant se rapproche et nous causons. Elle me parle à voix basse, car le malade repose dans la chambre voisine. Je lui réponds facilement : la glace est rompue. Mme Dalsant m’inspire de la sympathie et ce qu’elle dit de son fils me paraît beau. Elle se montre si fière de lui, de son travail, de ses succès !
« Je vous assure, Monsieur, que je ne regrette guère ma peine quand je vois le mal que Ludovic se donne. »
Non, je ne me trompe pas : ce qu’elle dit est beau.
Elle poursuit d’une voix sereine, très prenante ; elle cause sur un ton familier avec ce grand gosse maigre qui semble être l’ami de son fils, et bientôt je commence à sentir la noble vaillance de cette femme vouée à une seule lourde tâche. Elle est veuve. De ses trois fils, l’aîné mourut alors qu’il donnait déjà tant d’espérances ! Le second est à Paris où il prépare Polytechnique ; il travaille beaucoup. Plus tard, Ludovic ira aussi à Paris, pour achever ses études. Elle subvient à tout cela ; elle y suffit sans aide.
« C’est difficile, mais on y arrive… »