« C’est bien simple : si ton camarade est souffrant, va prendre de ses nouvelles. As-tu son adresse ? »

Oui, je savais à peu près où habitait Dalsant ; je connaissais la petite rue donnant sur le quai où, un jour, il m’avait si brusquement faussé compagnie : « Adieu, je rentre chez moi ». Je m’arrangerais pour trouver sa maison et, cet après-midi de jeudi étant libre, je tâcherais de le voir, sans plus tarder.

Voici la petite rue ; je m’y engage et vais me documenter dans une épicerie.

« Mme Dalsant ? La maison en face, au deuxième, à gauche. »

C’est donc là ? Des logements d’ouvriers, dirait-on. Je gravis un escalier sombre et me trouve au second palier. Je sonne. Une personne en noir vient m’ouvrir. Oh ! je reconnais tout de suite les yeux bleus de mon camarade, son regard direct.

« Que demandez-vous, Monsieur ?

— Madame Dalsant, n’est-ce pas ?… Voilà, Madame, votre fils Ludovic est au lycée avec moi et comme je ne l’ai pas vu, ce matin, j’ai pensé… On dit qu’il est malade. Si je pouvais avoir de ses nouvelles, ça me ferait plaisir, mais je ne veux pas vous déranger… »

Je m’embrouille et finis par me nommer.

« Ah ! parfaitement : son voisin de droite… Entrez, Monsieur. »

Une pièce où il y a peu de choses, mais ce peu semble net, bien soigné… une pièce presque vide, en somme, où depuis les malons rouges jusqu’au crépi des murs, tout est surveillé de près, avec vigilance. Mme Dalsant m’a fait asseoir et j’apprends que son fils souffre d’un abcès à la gorge qui lui a gâté ses vacances. Il a encore besoin de repos, mais dans une semaine, peut-être, ou dix jours, il retournera au lycée.