« Puis-je revenir, Madame ?
— Certainement. Vous me ferez plaisir. »
Je n’y manquai pas et rendis visite une fois encore à Mme Dalsant. Nous nous entendions le mieux du monde. Je retrouvais en elle quelques traits du caractère de maman : cette façon d’exprimer avec force un sentiment profond, cette volonté active qui m’était familière, ce respect enfin pour la liberté de son fils, respect dont se passaient si bien tant de mes camarades et qui les eût même gênés, le servage filial leur semblant une situation toute naturelle, commode et à tout prendre désirable, puisqu’elle permet le moindre effort. Un enfant averti note vite ces différences et en fait son profit.
Un matin, je revis Dalsant au lycée, la figure maigrie, mais à peu près lui-même.
« Merci, ça va, maintenant », répondit-il sèchement comme je lui demandais des nouvelles de sa santé.
A la sortie, ce fut lui qui me proposa de m’accompagner un bout de chemin. Il m’entreprit aussitôt :
« Alors, voilà, mon vieux… Tu es venu deux fois à la maison… Tu as causé avec maman… J’en suis très fâché. Tu aurais pu me demander la permission d’abord.
— Mais puisque tu étais malade !
— Non, maman a bien assez de travail comme ça, sans qu’on lui fasse perdre son temps avec des bavardages. Si tu voulais avoir de mes nouvelles, il était plus simple d’envoyer un « domestique ». Je te prie de ne pas recommencer. Tu entends ? »
J’avais entendu, mais je tenais à me défendre et, pour cela, je lui parlai de sa mère, de mes deux conversations avec elle, de ce qu’elle disait de lui, de l’émotion que j’en avais ressenti, de mes parents, de la santé de maman…