— Ah ! vraiment !… Vous avez bien fait… Et vous… Dalsant ? »
Dalsant pensait sans doute que son tour était venu, car il répondit aussitôt :
« Moi, Monsieur, je n’ai pas ouvert un livre de tout l’été. Mes vacances se sont passées en promenades aux environs. J’ai longé le bord de mer, je suis monté sur les collines…
— De quel côté alliez-vous, Dalsant ? Je connais un peu le pays. »
Un dialogue s’engage. M. Lequin ne se vante pas : il connaît même le pays fort bien. On voit qu’il l’a parcouru en tous sens. Il propose à Dalsant de nouveaux itinéraires, il parle d’un raccourci qui permet, sans fatigue, de gagner du temps, il révèle un paysage curieux que le promeneur néglige, il donne des précisions qui m’intéressent, qui m’amusent.
Au fait… non, elles ne m’amusent pas. Je suis en dehors de la conversation. On ne demande pas mon avis et puisque M. Lequin choisit comme interlocuteurs les seuls bons élèves, je risque d’être laissé pour compte. Cette route, pourtant, je l’ai suivie, ce point de vue ne m’a pas échappé et j’ai fait l’ascension de cette colline difficile. Je suis aussi renseigné que mon maître et mon camarade, mieux peut-être, sur les bois et les rochers et les calanques. Pour l’instant, je me sens de très mauvaise humeur ; si, par hasard, M. Lequin me demandait l’emploi de mes vacances, je n’aurais aucun plaisir à lui parler des glaciers et des neiges que j’admirais au mois d’août… et même je ne saurais pas. « Moi, j’ai vu un glacier… » quelle phrase ridicule ! Une timidité soudaine m’envahit, une sorte de malaise fait de révolte quinteuse, de vanité blessée et de honte sourde à me trouver classé comme élève médiocre… Cependant, ces deux-là parlent toujours. On dirait qu’ils y prennent plaisir.
« Je vous garantis, Dalsant, que ce ne serait pas du temps perdu… Le sentier qui tourne à gauche, avant le grand rocher, doit mener à l’endroit dont nous parlons, sauf erreur de ma part, car mes souvenirs ne sont pas tout frais ! J’avais à peu près votre âge quand je faisais ces belles courses… »
Voici que je deviens tout rouge. Dalsant (de quoi se mêle-t-il ?) vient de répondre sur ce même ton paisible qui lui est habituel :
« D’ailleurs, Monsieur, si vous voulez des renseignements plus exacts, vous n’avez qu’à vous adresser à N… »
(N., c’est moi. Vous pensez bien qu’au lycée on ne m’appelle pas Ottavio.)