— Merci. Voilà qui me permet de voir plus clairement. »
Et, tandis que parle Celia, j’entends la voix de maman qui m’appelle sur un ton impératif et me dit que, par ce beau jour, il vaudrait mieux jouer au jardin que de compter les fleurs pourpres d’une tenture lointaine.
Mes souvenirs sont revenus, mes souvenirs revivent, avec leurs tons, leurs teintes, leurs parfums…
Celia n’a jamais connu la maison de campagne, ni le beau jardin, ni certains de ceux qui le fréquentaient ; elle n’a connu certains autres que beaucoup plus tard, mais, par une secrète influence, elle sait tous les évoquer. Comme elle me révélait, il y a quelques années, la qualité précieuse de ma grand’mère, de même, par trois paroles, elle rend sa fraîcheur vivante au souvenir endolori.
Je pense que si Celia restait seule à converser de façon intime avec une rose en bouton, avec une anémone encore close, la fleur s’entr’ouvrirait, s’épanouirait bientôt, pour mieux l’écouter et sourire.
XIV
Ce fut comme un très beau voyage d’exploration, plein d’aventures, de surprises, où les jours pénibles ne manquèrent pas, ni même les jours d’ennui, mais où l’effort semblait toujours récompensé, souvent de façon magnifique.
Enfant, je lisais peu, je lisais mal. Les Jules Verne m’amusaient quelque temps, mais je m’en détournais, à la moindre invite, pour aller courir, grimper, chasser plus librement et sans guide. Les histoires féeriques, les légendes qui, racontées par bonne-maman m’eussent transporté, perdaient, à mon avis, tout prestige dans un livre.
Papa s’étonnait, se désolait même de cette indifférence. Il lui déplaisait de me voir assis, le regard vague, les mains vides, perdu dans une rêverie sans rêves qui n’était qu’un moyen de m’absenter et n’aboutissait à rien, lorsque tant de livres où je trouverais à me repaître attendaient mon bon plaisir. Papa savait ce qu’il disait en me traitant de songe-creux.
« A ton âge, que diable ! on est un bourreau de livres. »