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ELLE ET SON ENFANT TRISTE

Madame, il ne faut pas vous promener, toute seule, dans le square, quand la musique joue et que les zouaves vous regardent... Il ne faut pas vous promener, avec votre enfant, dans les rues où les bijoux des étalages clignent de l'œil. L'autre jour, j'ai vu certaine dentelle d'araignée qui voulait se poser sur le bord de votre épaule... et vous avez souri...

Madame, croyez-moi! il ne faut pas vous promener dans les rues, avec votre enfant, car vos paupières sont toujours bleues et votre enfant est toujours triste. Les Arabes, et les zouaves, et jusqu'aux petits gamins tout nus l'observent avec compassion... Pour vous, cela est peu honorable...

Aujourd'hui, en me rencontrant, vous tordîtes votre petit mouchoir, bon, tout au plus, à moucher des moucherons, puis, vous regardâtes... puis, tu regardas un bracelet en or... (tant d'or pour un seul petit poignet!)—Que veux-tu que je fasse, chère? Non! crois-moi! ton enfant aux longues boucles paraît trop triste... il va pleurer... J'embrasse l'enfant.


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IMITÉ DU PERSAN

J'étais seul dans mon jardin; je regardais avec tristesse ma coupe vide près de laquelle se fanait une gerbe de roses et je songeais au départ prochain de la jeune femme que j'aime présentement, quand le rossignol, qui me ravit chaque soir, vint se poser sur mon épaule.