« Parce que… dit-il enfin, peut-être parce que, la veille, j'avais cru, comme un pauvre sot, trouver un peu de bonheur, et que j'avais tendu la main à cette aumône.

— Raconte, » dit Gautier.

Alors Jacques raconta, d'une voix molle et basse, coupée par des accents soudains de raillerie, très insupportables, sa rencontre avec Marguerite, sa soirée et la matinée du lendemain.

« Ajoute que cette fille est laide : une vilaine peau, une cicatrice au cou… Ah! par exemple, de bien beaux cheveux! — Tu te payes ma tête, hein? Je m'y attendais!… Tu vas m'excuser en disant qu'il faut que les enfants s'amusent.

— Qu'y a-t-il de drôle dans ton histoire? Je ne vois rien. Tu as tout simplement offert quelques heures heureuses à une gosse qui crevait de faim et de misère. Pourquoi veux-tu faire de cela une scène comique?

— Il y a matière, je t'assure, et l'idole avait raison de se tordre. Cela se résume aisément en quelques mots : M. Jacques Damien, blond, vingt-six ans, 1 m. 82 à la toise, est malade ; il a peur de sa maladie, il a peur de rester seul dans sa chambre, il a peur d'une statuette en bois sec, alors, pour passer le temps, il va ramasser des petites femmes qui font le trottoir… charmante occupation! »

Jacques montra du doigt l'idole dans son encoignure :

« Et c'est ce salaud-là qui est cause de tout! »

Gautier ne retint que les derniers mots.

« Nous allons nous occuper de lui. Et d'abord, quand tu le regardes, bouge-t-il, ou vient-il, au contraire, te surprendre quand tu ne le regardes pas? J'ai cru…