— Attends! » dit Jacques.

Quelques instants, il resta silencieux, le front dans ses mains, mais sa réflexion ne donna point de résultat, car il se reprit à parler, sur un ton saccadé, en phrases brouillées et confuses. Il s'était levé, il arpentait la pièce ; ses longs bras maigres gesticulaient. Il s'assit enfin devant son ami et l'interrogea du regard, anxieusement. Les yeux bleus grands ouverts, la bouche tremblante, tout son visage quêtait une réponse et ses doigts s'agrippaient au siège de la chaise.

« Que j'aimerais, pensa Gautier, lui faire sentir combien j'ai pitié de lui! Le pauvre bougre est à bout de forces et, honnêtement, que puis-je lui dire? »

« Tu m'interrompras, reprit-il, si j'ai mal compris. Il semble donc que l'idole se promène dans ton champ visuel, en dehors de ton regard direct, sur ses limites mêmes, sur ses franges. Quand tu la fixes, elle est immobile, à sa place ; dès que tu détournes un peu les yeux, elle bouge.

— Oui, et ma peur s'en augmente, parce que cela paraît encore plus mystérieux.

— Jacques, tu sais bien que le mystère n'a rien à voir ici.

— Tu en parles à ton aise! Mais alors pourquoi ne pas brûler l'idole? Ce serait fini!

— Oui, et, le lendemain, une pomme reparaîtrait sur ton lit, ou tel autre objet que tu aurais vu ce jour-là.

— En d'autres termes, Maman me disait la même chose, ce matin.

— Son avis m'est précieux ; j'irai causer avec elle.