Ils restèrent assis, côte à côte, dans la grande chambre mal éclairée, attristée encore par l'averse qui battait les vitres. Ils causèrent d'une voix sourde, sur un ton calme, sans faire de gestes, et Mme Damien, très droite dans son fauteuil, vêtue d'une robe violette, une couverture de voyage posée sur ses genoux, les regardait avec de grands yeux indifférents.
Ils se contèrent l'un à l'autre des moments de sa vie qu'ils connaissaient tous deux, qu'il leur était doux de rappeler.
« Elle m'émerveillait souvent, dit Gautier, par sa générosité d'esprit, par la largeur de ses vues. Tiens, par exemple : elle me demandait toujours des nouvelles de Marguerite.
— Comment! elle savait que…
— Je lui avais fait part de ta liaison, tout au début, car j'en pensais déjà le plus grand bien. La dernière fois que j'ai causé avec elle, le jour même de son attaque, elle me priait, très simplement, de cet air noble et familier que nous aimions tant, de dire à ta petite amie combien elle lui portait d'intérêt…
— Maman chérie!…
— Et, pour ne point te gêner, elle me laissait entendre que ce message ne t'était pas destiné.
— Voilà donc la raison… murmura Damien.
— Marguerite venait chez moi, deux fois par jour, depuis l'accident ; elle ne voulait pas te déranger, mais elle quêtait anxieusement des nouvelles. Quand je lui ai dit ce que ta mère m'avait prié de lui transmettre, la pauvre fille a réagi avec une violence qui, sur le moment, m'a effrayé. « Mme Damien! s'écriait-elle en pleurant ; Mme Damien!… un message pour moi!… Répétez-le, Gautier! Non, ce n'est pas vrai! c'est pas possible! Il y a trop de bonnes gens sur la terre! » Elle ne voulait pas y croire.
— Maman a toujours été ainsi ; elle donnait aux valeurs morales un classement qui lui était propre et qui choquait bien des personnes. Nous avons ri plus d'une fois de la figure épouvantée que prenaient certaines vieilles cousines de province.