Elle lui prit fiévreusement la main et, la serrant entre les siennes, demanda encore d'une voix passionnée :

« Jacques est bien guéri? dites, Gautier?

— Quelques semaines à la campagne et il n'y paraîtra plus, ma petite. À demain, vers trois heures, si vous voulez.

— Trois heures… j'y serai. »

En vérité, Brune était tout à fait désolé de l'état de Marguerite. Depuis quelques semaines, il remarquait en elle une nervosité effrayante qu'elle dominait, tant que Jacques avait besoin de ses soins, mais qui, à des moments où nul devoir particulier ne la requérait, lui bouleversait l'âme étrangement : le regard halluciné perdait sa douceur, les gestes brusques, cassants, n'avaient plus ni jeunesse, ni grâce, et, cependant, au moindre appel de son malade elle se ressaisissait.

Elle était dans un de ses mauvais jours quand Brune la vit entrer, le lendemain, chez lui. — Toujours ce tic singulier, tracassant, qui lui secouait la tête, toujours ces gestes secs, ce regard étrange, perdu comme en une extase.

« Asseyez-vous, Marguerite. »

Mais elle resta debout et, dès que Valérie fut sortie de la pièce, déclara d'une voix très calme qui contrastait avec son apparente agitation :

« Gautier! je vous en veux de n'avoir pas eu confiance en moi. Pourquoi mentir, Gautier? cela m'étonne de vous. Pourquoi m'affirmer que Jacques n'était vraiment pas malade quand il semblait si souvent effrayé? Plus tard, oui, vous avez avoué, quand il a dû se coucher pour son… comment dites-vous?… asthénie nerveuse, mais avant, il était peut-être plus malade encore, (vous le saviez, j'en suis sûre), et vous ne disiez rien, ou bien : « il a besoin de se reposer, » comme pour moi!

— Ne restez pas debout, Marguerite, dit Gautier d'un ton sec ; asseyez-vous, et tâchez de vous expliquer plus clairement.