— Dites-moi, Tom, vous êtes mon ami, n'est-ce pas? demanda Jacques, tout à coup.

— Aujourd'hui, j'espère, Monsieur Damien… parce que vous avez été gentil pour moi, très gentil.

— Gentil?

— Oui, quand j'ai passé, j'ai salué en vous voyant, et vous avez salué aussi. Beaucoup de gens n'aimeraient pas que je les salue : ils auraient l'air grave, comme à l'église, ou bien ils riraient, comme ils rient au cirque, quand je le veux. Un clown, on reconnaît avec la perruque et le grand pantalon, ou dans les bars, quand on boit, mais, dans la rue, on ne reconnaît pas : on fait « oui, oui, » avec la tête ; c'est très gentleman de saluer.

— Je ne trouve pas, Tom ; c'est seulement tout naturel. Eh bien, faites-moi un plaisir. Je vais vous poser une question et vous y répondrez franchement, comme vous répondriez à l'un de vos fils, à Georges. Est-ce promis? »

Tom réfléchit, puis, revenant à sa langue natale pour donner une parole d'honneur :

Honor bright! répondit-il.

— Tom! demanda Jacques d'une voix basse et lente, Tom! dites-moi si je suis un ivrogne! Vous me voyez boire très souvent : dites-moi si je suis un ivrogne!… Moi, je ne sais pas!… Suis-je un homme qui boit très souvent et qui, de temps en temps, prend sa cuite, ou suis-je vraiment un ivrogne, un « drunkard », comme vous diriez? Je vous le répète, Atkinson, moi, je ne sais pas! Puisque vous êtes mon ami, vous allez me renseigner. »

Tom écoutait, la tête basse, l'index posé contre son gros nez rouge.

« Vous parlez sérieusement, Monsieur Damien? demanda-t-il, soudain.