« Si j'attendais Gautier! » se dit-il.

Jacques feuilleta quelques journaux, mais il se surprenait dormant sur les pages. Il n'y tint plus, enfin. Avant de gagner le divan où les clients de son ami couchaient leurs défaillances physiques, il prit sur le bureau une feuille de papier et y écrivit en grosses lettres :

« C'est très joli de faire le fendant, mais encore faut-il pour cela certaines qualités. Je viens d'être honteusement déconfit. La peur m'a mené chez toi. Laisse-moi dormir. J'en ai besoin. »

Il colla cette affiche au milieu de la glace avec un pain à cacheter, se déchaussa, s'allongea, appuya sa tête sur un coussin et ramena une couverture sur ses pieds.

« Me voilà en sûreté. Il ne viendra pas me chercher ici! »

Jacques sentait que l'épreuve de ce jour était chose terminée. Sa figure se détendait, retrouvait le calme ; ses paupières battirent. Il se fût endormi lourdement, comme le désirait son corps, s'il n'avait un peu repensé à sa journée, avant de sombrer dans le sommeil. Un remords le tracassait.

« Non, ce n'est pas élégant, cette fuite chez un ami! J'ai promis à Maman et à Gautier de ne pas céder. »

Il hésitait, toutefois.

« Parce que mes premières armes ne sont pas brillantes, il ne faut pas tout lâcher! A cette heure, j'ai grand besoin de dormir, je l'accorde, mais j'ai surmonté souvent des faiblesses pareilles, et pour des raisons moins graves. Pourquoi donc, aujourd'hui?… »

Il se leva, se rechaussa.