« Comment te sens-tu? demanda Gautier Brune qui lisait une brochure, assis près du divan.

— Mieux, merci… bien… très abruti pourtant.

— Il te faudrait encore du repos, dit Gautier. Je te verrais volontiers dans ton lit.

— Un instant… Laisse-moi reprendre contact. Oh! j'ai du plomb dans le crâne!… Quelle heure est-il?

— Cinq heures et demie.

— Cinq heures et demie! Voyons! me reposer! Y penses-tu? Maman m'a dit qu'elle viendrait sans doute vers la fin de l'après-midi. J'ai de la chance de m'être réveillé à temps. »

Il sauta à bas du divan et se secoua comme un chien mouillé.

« Maman peut arriver d'un moment à l'autre. Devant elle, du moins, il faut que je me tienne ; devant toi, je n'ai réussi qu'à me faire honte. Je ne me croyais pas si pleutre… mais oui, si pleutre! Que veux-tu? J'en avais trop lourd sur le cœur. Ces insomnies, ces heures affreuses de dépression, mais surtout ces insomnies! Ah! ne pas dormir, se retourner dans son lit jusqu'au jour, sentir le sommeil qui s'offre, puis se retire, méchamment! Je parle du bon sommeil, non du coup de trique inutile des drogues. Cela m'était déjà arrivé, mais, à ce point, jamais!… Et puis il y a la peur, la peur qui fait crier, et puis il y a… le reste!

— Le reste?

— Je t'en parlerai, mon ami. T'écrire ces choses, ce n'était pas la peine ; d'ailleurs, je n'osais pas. Je t'en parlerai, ce soir, si tu veux. Oui, ce soir. Es-tu libre, ce soir? Nous irons dîner au cabaret. Je n'ai pas encore de cuisinière ; elle n'arrive que samedi. Et nous finirons la nuit à Montmartre. Je t'en supplie, Gautier, ne prends pas ta figure de médecin : c'est à l'ami que je parle, et au camarade.