« Voilà ce qui m’attend ! pensait Sylvius. Demain, dans un an, toujours, je regretterai le baiser de la nymphe. Pour moi, tout plaisir est perdu à cause de ma joie présente. »

Mais cette joie, il la regrettait si vivement par avance qu’il oubliait de la boire.

Le couple parti, Sylvius songeait encore à sa déception future. L’hamadryade relâchait son étreinte et restait muette. Alors seulement, le jeune homme comprit sa faute. En songeant qu’une rose se flétrirait, plus tard, il avait laissé se flétrir une rose.

« Persane ! Ohé ! Persane ! que faites-vous là-haut ? Quelle idée d’aller dormir dans un arbre ! On est si bien sur l’herbe ! Cette nuit, Clorinde m’a récréé de façon inoubliable ! »

Hélas ! l’hamadryade pâlissait sous l’écorce et déjà l’aubier de chair avait disparu.

« Maître ! venez vite ! on vous attend !

— Oui ! Je viens ! » dit Sylvius.

Il sauta à terre. Le dragon paissait l’herbe à grands coups de langue. Clorinde se lavait les joues dans un ruisseau. Lautonne, pour se réchauffer, agitait son corps ridicule et Chrysolet sifflait comme un pinson.

« Allez manger, dit le dragon, vous trouverez du pain et du lait dans une ferme au bord de la route. Je vous attendrai là.

« Eh bien ! jeune homme, murmura-t-il, en se tournant vers Sylvius, êtes-vous satisfait ? »