Blaise avait un sourire d’entremetteur matrimonial. Sylvius haussa les épaules.

« Non ! et puis, à quoi bon avoir été heureux, puisqu’il faut s’en aller ?

— Aussi, vous en demandez trop, cher ami ! Retenez bien le beau souvenir et adoucissez votre départ en songeant à Bérénice laissée ! »

Sylvius se tourna vers le saule. Il lui sembla y voir deux grands yeux tristes qui le regardaient.

Il s’éloigna, l’âme lourde.

XVI

Ce fut de nouveau une course effrénée. Collines et bois, rivières et carrefours, villages, canaux, bourgades, tout cela passait sans qu’on le vît beaucoup. De temps en temps, on faisait halte à une auberge pour manger ou boire. Parfois, Blaise s’arrêtait, lapait un peu d’eau dans une source, broutait quelques feuilles à un arbrisseau…

« Je suis repu ! » disait-il, ourlant ses lèvres avec sa langue…

Et l’on repartait à une allure d’orage. Nul ne prenait garde au dragon, et, tant qu’ils ne le quittaient pas, ses cavaliers restaient sous une éclipse. Parfois un chien, reniflant la grande bête et son fardeau, grognait à dents découvertes, mais l’homme ne partageait point cet effroi et, sans doute, quand, au passage de Blaise, il sentait du vent sur sa joue, croyait-il à quelque brise égarée.

Si Clorinde et Lautonne paraissaient prendre plaisir à cette course invisible, Sylvius, pour sa part, était d’assez méchante humeur. Il songeait à l’hamadryade et ne concevait pas qu’il l’eût quittée, alors qu’elle avait mis tant de bonne volonté, voire d’empressement, à lui tendre ses lèvres, et, pour achever son affliction, il ne pouvait que se plaindre de Chrysolet.