Ce petit être, délicieux, au demeurant, par ses façons vives et saugrenues, devenait insupportable. Il plaisait fort à Sylvius et ne laissait point de lui être à charge. Entreprenant dix sujets de causerie et n’en achevant aucun, regardant ceci quand son maître considérait cela, parlant comme tourne un moulin, se trémoussant, sautant, esquissant des gigues sans répit, Chrysolet se montrait compagnon difficile.

En route, Sylvius, ébloui par les éclats du soleil sur la peau de Blaise, par la splendeur du décor, et, quoi qu’il en eût, par ces émotions nouvelles, n’y pensait guère, mais, durant les heures de repos, l’incessante chanson, les questions tracassières qui n’attendaient pas de réponse et les mille et un propos du petit être le bourrelaient. Aussi finit-il par reléguer sa muse au fond d’une poche avec son mouchoir dessus. Alors le petit homme se tint tranquille, un temps.

Cette nuit-là, ils dormirent encore sous les étoiles. Sylvius était blotti contre le dragon qui, se disant recru, ne voulait point causer. Rien n’arriva qui fût remarquable, rien, non plus, le jour suivant ni le surlendemain, et ce voyage, commencé d’une façon que l’on peut dire surprenante, finissait en manière fort triviale d’excursion à prix réduit. Sylvius avait bâillé plus d’une fois, Blaise devenait triste, Chrysolet lui-même tempérait sa fièvre et gesticulait moins. Seuls, Clorinde et Lautonne, d’ailleurs muets comme deux mimes, semblaient heureux.


Or, un matin, on découvrit la mer. Brusquement elle se révéla aux yeux de Sylvius, derrière un bouquet de pins.

« Oh ! regardez ! la mer ! la Méditerranée ! »

Chrysolet sortit sa tête pour voir ce spectacle nouveau.

La mer ! — elle étincelait immensément, calme, joyeuse, souriante… la mer, enfin !

Ils sautèrent tous quatre sur le sable.

« Nous y voilà ! » murmura Blaise.