Lautonne montra un visage courroucé.
« Laisse ! Tais-toi ! Où en étais-je ? Ah ! oui ! la terre frémit… une harmonie s’en exhale…
— Une harmonie ! O Lautonne ! Lautonne ! C’est une insidieuse senteur qui pare le printemps. La musique appartient à juillet dont les trompettes sonnent, les couleurs à septembre et les formes aux jours froids, mais le parfum seul sied bien au renouveau. »
Lautonne demeura silencieux et sombre, paraissant réfléchir avec affectation. Attiré par ce changement d’humeur, Sylvius se rapprocha. — Tout à coup, Lautonne dit, (sa voix était contrainte, altérée, muée pour ainsi dire) :
« Mon cher Sylvius, nous passerons la nuit en mer. J’ai besoin de calme et de silence, même je ne sais ce qui me retient de jeter à l’eau ce petit foutriquet. Deux fois, il m’a troublé l’esprit par des remarques extravagantes et je sens mon poème aux mille facettes se fondre comme en une liqueur dissolutive un cristal trop délicat…
— Mais je ne passerai certes pas la nuit en mer ! cria Sylvius. Nous rentrerons sans plus tarder ! déjà le soir tombe. Allons ! virez de bord !… et puis j’ai froid ! »
Lautonne poursuivit :
« L’ombre et le clair de lune reformeront mon rêve. Paix ! silence !
— Non pas ! non pas ! virez de bord à l’instant ! Je vous l’ordonne. »
Et Chrysolet à qui la dispute faisait plaisir sans doute, jetait de temps en temps quelques mots :