« La licorne est blanche, bien entendu !… Des fleurs écloses sur le chemin seraient d’un bon effet !… Je vous engage à parfumer aussi la crinière de la bête !… »
Il y eut soudain un hurlement. Lautonne, après avoir repoussé du pied Chrysolet, s’était jeté sur Sylvius. Il l’étreignait de ses longs bras et le corps svelte du jeune homme pliait sous ce geste puissant. — Ce n’était même pas le combat inégal de la force et de la grâce, c’était la violence aux prises avec l’agrément. Déjà Sylvius demandait quartier. Un instant plus tard, il était lié au mât. Sur sa poitrine découverte une corde cruelle marquait des traits de sang. — Clorinde restait impassible, regardant Lautonne comme on regarderait Dieu.
« Pourquoi ? Pourquoi… cette… agression ? balbutia Sylvius.
— Cette… agression, comme vous dites, répliqua Lautonne, croyez bien qu’elle n’est pas dirigée contre vous ; simplement, j’avais des comptes à régler avec cet objet-là… »
Il montra Chrysolet.
« Et je tiens à ce que vous restiez tranquille. »
Chrysolet qui, durant la défaite de son maître, avait ri comme au spectacle, ne riait plus et parcourait le demi pont d’un pas de course agité. — Lautonne le cueillit avec deux doigts.
« J’ai cru voir dans un coin de la cabine, dit-il à Clorinde, une poêle et un réchaud ; apporte-les… Bien… Pose-les sur l’avant… Bien… Allume le réchaud… »
Quoiqu’il éprouvât certain soulagement à n’être pas compromis dans la vengeance du poète, Sylvius, tout comme l’orphelin sympathique d’un très noir roman feuilleton, se demandait quel complot Vincent Lautonne, traître et bourreau, pouvait ourdir.